Un consortium français conduit par newcleo a été sélectionné dans le cadre de l’appel à projets consacré à la décarbonation du secteur maritime français, piloté par Bpifrance. Le projet, baptisé n-Floating, bénéficie d’un financement de près d’un million d’euros et doit évaluer la faisabilité d’une centrale nucléaire flottante reposant sur plusieurs réacteurs modulaires de 200 MWe. Les travaux ont commencé et doivent durer environ 18 mois.
Bpifrance finance n-Floating à hauteur de près d’un million d’euros
Le soutien public accordé au consortium mené par newcleo s’inscrit dans l’appel à projets Soutien à la décarbonation du secteur maritime français. L’enveloppe annoncée, de près d’un million d’euros, ne finance pas la construction d’une centrale, mais une première phase d’études destinée à cadrer le concept, les contraintes industrielles et les conditions de faisabilité.
Cette sélection par Bpifrance donne au projet une reconnaissance institutionnelle importante dans un secteur où les démonstrateurs demandent des cycles longs. Le calendrier communiqué prévoit environ 18 mois de travaux. Cette durée doit permettre de produire un dessin conceptuel suffisamment robuste pour évaluer les choix d’architecture navale, les interfaces nucléaires et les scénarios d’exploitation.
Le programme arrive à un moment où les acteurs maritimes cherchent des solutions capables de réduire les émissions sans dépendre uniquement de l’électrification à quai, des carburants de synthèse ou de l’hydrogène. Dans cette perspective, n-Floating ne vise pas la propulsion d’un navire marchand, mais une unité stationnaire de production d’électricité installée sur l’eau, proche d’usages portuaires, industriels ou côtiers.
newcleo n’avance pas en terrain totalement vierge. L’entreprise basée à Paris a déjà communiqué sur des coopérations avec Fincantieri autour de navires commerciaux à propulsion nucléaire et avec Saipem sur des applications offshore. n-Floating prolonge cette stratégie vers une infrastructure flottante, en combinant les codes de l’industrie nucléaire avec ceux des installations maritimes de grande taille.

newcleo vise une barge équipée de réacteurs LFR-AS-200
Le cœur technique du projet repose sur une unité flottante non autopropulsée, conçue pour accueillir plusieurs réacteurs développés par newcleo. Le modèle mentionné est le LFR-AS-200, un réacteur rapide refroidi au plomb, donné pour une puissance électrique de 200 MWe par module. L’empilement de plusieurs unités permettrait d’adapter la puissance aux besoins du site desservi.
Le choix d’une barge nucléaire change la nature du projet par rapport à un navire à propulsion atomique. La plateforme n’a pas vocation à transporter des marchandises ou des passagers. Elle serait positionnée, ancrée et raccordée à une infrastructure électrique. Cette logique rapproche le concept des unités offshore de production d’énergie, déjà connues dans le pétrole, le gaz, la liquéfaction ou la regazéification.
Cette filiation offshore présente un avantage industriel: les chantiers navals et les bureaux d’études maîtrisent déjà la construction de coques, les systèmes d’ancrage, les zones techniques compartimentées et les contraintes de maintenance en milieu marin. Le nucléaire ajoute une couche de complexité majeure, avec le confinement, le contrôle-commande, la gestion du combustible et les exigences de radioprotection.
La puissance de 200 MWe par réacteur place n-Floating dans une catégorie différente des petits générateurs isolés. Une seule unité de ce niveau peut alimenter une zone industrielle, un port ou une infrastructure côtière énergivore. Plusieurs modules réunis sur une même plateforme créent un actif de production comparable, en ordre de grandeur, à une centrale terrestre de taille intermédiaire, mais déplacé vers un environnement maritime.

Bureau Veritas et ABMI encadrent les contraintes maritimes
Le consortium associe Bureau Veritas Marine & Offshore, acteur reconnu de la classification maritime, et ABMI Groupe, société française d’ingénierie présente dans le maritime et le nucléaire. Cette composition traduit la difficulté du dossier: une centrale flottante doit satisfaire deux familles d’exigences, celles des installations nucléaires et celles des ouvrages maritimes exposés aux aléas de mer.
Le rôle de Bureau Veritas porte sur les règles applicables aux structures flottantes, à la stabilité, aux compartiments, aux systèmes de sécurité, aux matériaux et à l’exploitation en environnement marin. La réglementation maritime ne se limite pas à la coque. Elle inclut les opérations de remorquage, de mouillage, d’inspection, d’évacuation et de maintenance, avec des référentiels internationaux souvent complexes.
ABMI doit contribuer à l’intégration technique entre l’architecture de la barge et les équipements nucléaires. Les interfaces sont nombreuses: ventilation, refroidissement, alimentation électrique auxiliaire, zones de manutention, accès du personnel, redondance des systèmes et protection contre les agressions externes. La sûreté nucléaire impose de démontrer que chaque fonction critique reste maîtrisée, y compris lors d’événements rares.
Plusieurs questions devront être documentées avant toute phase industrielle. Les autorités attendraient des réponses sur la résistance aux tempêtes, les collisions, les actes malveillants, le raccordement au réseau et la gestion d’un arrêt prolongé. En France, un tel projet impliquerait aussi des échanges avec l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection, les autorités maritimes, les préfectures concernées et les collectivités proches des sites envisagés.
Le nucléaire flottant cible ports, îles et sites côtiers
Le marché visé dépasse le seul transport maritime. newcleo présente le déploiement en mer comme un débouché encore peu exploré pour les réacteurs avancés. Une unité flottante pourrait fournir de l’électricité bas carbone à des ports, à des îles, à des bases industrielles ou à des sites côtiers dont la consommation progresse avec l’électrification des usages.
Les ports concentrent désormais des besoins importants: alimentation à quai des navires, entrepôts frigorifiques, terminaux automatisés, production d’hydrogène, carburants alternatifs et raccordements ferroviaires. La décarbonation maritime ne dépend donc pas seulement des moteurs embarqués. Elle suppose aussi une production électrique stable, disponible en continu, capable de soutenir des réseaux locaux déjà sollicités.
Le nucléaire flottant existe déjà à l’étranger, avec des exemples opérationnels ou des projets portés par des États disposant d’une forte tradition navale. Le positionnement français se distingue par une approche de consortium civil, adossée à l’ingénierie, à la classification et au soutien public. L’objectif immédiat reste modeste: valider un concept crédible, avant toute décision sur un démonstrateur ou un calendrier industriel.
Les limites sont aussi nettes que les promesses. Le coût complet, l’acceptabilité locale, la responsabilité en cas d’incident, le traitement du combustible et la sécurité physique pèseront sur la suite. Le projet n-Floating entre dans une phase où les documents techniques compteront davantage que les annonces. Les résultats attendus au terme des 18 mois diront si la France peut transformer cette idée de centrale nucléaire flottante en option industrielle examinée par les énergéticiens, les ports et les pouvoirs publics.
Questions fréquentes
- Qu’est-ce que le projet n-Floating ?
- n-Floating est un projet français de conception conceptuelle d’une centrale nucléaire flottante. Il vise à étudier une barge non autopropulsée capable d’accueillir plusieurs réacteurs modulaires LFR-AS-200 de 200 MWe développés par newcleo.
- Qui participe au consortium mené par newcleo ?
- Le consortium réunit newcleo, Bureau Veritas Marine & Offshore et ABMI Groupe. newcleo apporte la technologie nucléaire, Bureau Veritas intervient sur la classification et les règles maritimes, tandis qu’ABMI contribue à l’ingénierie entre les domaines maritime et nucléaire.
- Pourquoi Bpifrance finance-t-elle ce projet ?
- Bpifrance soutient n-Floating dans le cadre d’un appel à projets dédié à la décarbonation du secteur maritime français. Le financement, proche d’un million d’euros, doit permettre d’évaluer la faisabilité technique avant toute décision de construction.
- Une centrale nucléaire flottante peut-elle alimenter un port ?
- Le concept vise précisément des usages côtiers ou portuaires nécessitant une production électrique stable et bas carbone. Les études devront néanmoins démontrer la sûreté, la robustesse maritime, le raccordement au réseau et l’acceptabilité locale.
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À retenir
- newcleo pilote le consortium n-Floating avec Bureau Veritas Marine & Offshore et ABMI Groupe.
- Bpifrance apporte près d’un million d’euros pour une phase d’études d’environ 18 mois.
- Le concept repose sur une barge non autopropulsée accueillant plusieurs réacteurs LFR-AS-200 de 200 MWe.
- Les ports, îles et sites côtiers figurent parmi les usages visés pour l’électricité bas carbone.
Sources
- Un consortium dirigé par le français Newcleo obtient près d'un million d'euros pour valider un projet de nucléaire flottant – Bulletin – Wedoany.com
- Newcleo-Led Consortium Chosen For French Project On Floating Nuclear Power Plants
- newcleo-Led Consortium Awarded Funding to Develop Floating Nuclear for the Decarbonisation of the French Maritime Sector
- Centrale nucléaire flottante : trois sociétés françaises s’associent et visent une production nationale
- Newcleo-led consortium to develop floating nuclear plant – World Nuclear News







