L’Italie prépare le rétablissement de l’énergie nucléaire près de quarante ans après l’arrêt décidé par référendum. Le gouvernement dirigé par Giorgia Meloni vise une remise en service progressive, avec de premiers réacteurs opérationnels entre 2033 et 2035. Rome présente ce dossier comme un levier de sécurité énergétique, de baisse des émissions et de réduction de la dépendance au gaz importé.
Giorgia Meloni vise des réacteurs entre 2033 et 2035
Le calendrier avancé par le gouvernement italien place les premiers réacteurs entre 2033 et 2035, un horizon court à l’échelle de l’industrie nucléaire. Les autorités veulent d’abord établir un cadre réglementaire, identifier les technologies disponibles et préciser le rôle des opérateurs publics et privés. La relance défendue par Giorgia Meloni s’inscrit dans une politique énergétique plus large, centrée sur l’autonomie stratégique et la maîtrise des prix de l’électricité.
Le projet ne consiste pas à rouvrir les anciennes centrales fermées à la fin des années 1980. Rome privilégie des installations de nouvelle génération, avec une attention particulière portée aux petits réacteurs modulaires. Cette orientation permettrait de limiter la taille des chantiers et d’adapter la production aux besoins régionaux. Les services de l’État doivent néanmoins clarifier les règles de sûreté, le financement et les procédures d’autorisation.
Le gouvernement avance un objectif chiffré pour 2050. Selon les estimations citées par les autorités italiennes, le nucléaire pourrait représenter entre 11 % et 22 % de la production électrique nationale à cet horizon. Cette fourchette traduit une stratégie encore ouverte, dépendante du coût des technologies, de l’acceptabilité locale et des décisions du Parlement. Elle montre aussi que Rome n’envisage pas le nucléaire comme une source unique, mais comme un complément aux renouvelables.
La mise en œuvre restera complexe. Un programme nucléaire impose des compétences industrielles, une autorité de sûreté renforcée, une doctrine de gestion des déchets et des mécanismes de financement sur plusieurs décennies. Le ministère compétent devra aussi convaincre les régions, souvent déterminantes dans les grands projets d’infrastructures. À ce stade, Rome cherche surtout à transformer une intention politique en trajectoire industrielle crédible.

Le référendum de 1987 pèse encore sur Rome
La décision actuelle renvoie directement au référendum de 1987, organisé dans le contexte du choc provoqué par la catastrophe de Tchernobyl. Les électeurs italiens avaient alors rejeté la poursuite du programme nucléaire national. Les centrales existantes ont été progressivement arrêtées, laissant l’Italie sans production atomique domestique alors que plusieurs de ses voisins européens maintenaient ou développaient leurs parcs.
Cette mémoire politique reste sensible. Le dossier du référendum constitue un argument majeur pour les opposants, qui rappellent que la population s’est déjà prononcée contre cette énergie. Les partisans de la relance répondent que le contexte technologique, climatique et géopolitique a profondément évolué. Ils mettent en avant la nécessité de produire une électricité décarbonée pilotable, capable de fonctionner lorsque le solaire et l’éolien ne suffisent pas.
Un second moment a marqué le débat italien en 2011, après l’accident de Fukushima. Les électeurs avaient de nouveau rejeté la relance du nucléaire, dans un climat européen très défavorable à cette filière. Depuis, la crise énergétique liée aux tensions sur le gaz a déplacé une partie de la discussion. La question n’est plus seulement celle du risque industriel, mais aussi celle de la sécurité d’approvisionnement.
Le gouvernement devra composer avec cette histoire. Les procédures de consultation, les études d’impact et la transparence sur la sûreté seront observées de près par les collectivités locales, les associations environnementales et les partis d’opposition. La relance ne dépendra pas seulement des choix de Giorgia Meloni. Elle reposera aussi sur la capacité de l’État à obtenir une majorité durable dans un pays où l’énergie atomique reste un sujet de division publique.

Un mix électrique italien dominé par le gaz
L’Italie se distingue de plusieurs grands pays européens par la place du gaz naturel dans sa production électrique. Cette dépendance expose les ménages et les entreprises aux variations des marchés internationaux. La flambée des prix observée au début de la décennie a renforcé l’idée qu’un mix plus diversifié pourrait limiter les chocs tarifaires. Le nucléaire revient dans ce débat comme une source pilotable, capable de produire en continu.
Le pays développe aussi fortement le solaire et l’éolien, mais ces filières ne couvrent pas seules les besoins à toute heure. Les réseaux doivent absorber une production variable, tandis que l’industrie demande une électricité stable et compétitive. Les défenseurs de la relance estiment que le nucléaire peut compléter les renouvelables, notamment lors des pointes de consommation ou des périodes de faible production solaire.
L’Italie importe déjà de l’électricité, y compris depuis des pays utilisant l’énergie nucléaire. Cette situation nourrit un argument récurrent à Rome: le pays consomme indirectement une part d’électricité atomique sans en maîtriser les coûts industriels ni les choix de sûreté. Les opposants répondent que les investissements devraient plutôt aller vers les réseaux, le stockage, l’efficacité énergétique et les capacités renouvelables supplémentaires.
La dimension économique sera centrale. Construire de nouveaux réacteurs exige des capitaux élevés, une visibilité réglementaire longue et des garanties sur le prix de l’électricité produite. Les industriels italiens, dont Enel et Ansaldo Nucleare, disposent encore de compétences liées à des projets internationaux. Le retour d’une filière nationale dépendra de leur capacité à recruter des ingénieurs, former des techniciens et reconstituer une chaîne d’approvisionnement robuste.
Petits réacteurs modulaires et coopération européenne au centre du projet
Rome regarde de près les petits réacteurs modulaires, souvent désignés par le sigle SMR. Ces unités promettent des puissances plus modestes que les grands réacteurs classiques, avec une fabrication partiellement standardisée en usine. Pour l’Italie, cette approche pourrait répondre à deux contraintes: limiter les risques de chantier et faciliter l’implantation sur des sites industriels déjà connectés aux réseaux électriques.
La technologie n’a pourtant pas encore démontré partout sa maturité commerciale. Plusieurs projets sont en développement en Europe, en Amérique du Nord et en Asie, mais les coûts réels dépendront des premières séries construites. Le gouvernement italien devra donc arbitrer entre plusieurs options: attendre une technologie éprouvée, participer tôt à une filière européenne ou nouer des partenariats avec des acteurs déjà engagés dans cette course industrielle.
La coopération européenne occupe une place importante dans ce dossier. Des entreprises italiennes travaillent déjà avec des groupes étrangers dans l’ingénierie nucléaire, le démantèlement ou les composants spécialisés. Des acteurs comme Newcleo, Enel et Ansaldo Nucleare sont régulièrement cités dans les discussions sur la reconstitution d’un savoir-faire national. La France, qui exploite un parc important, représente aussi un voisin stratégique pour l’expertise, la formation et les standards de sûreté.
Le point le plus délicat concerne la confiance du public. Les petits réacteurs ne suppriment ni la nécessité d’une surveillance indépendante ni la question des déchets radioactifs. Les autorités devront expliquer où les installations pourraient être implantées, comment les risques seraient contrôlés et qui porterait la responsabilité financière sur toute la durée de vie des équipements. Le débat italien entre dans une phase plus concrète, avec des échéances énergétiques désormais liées à la décennie 2030.
Questions fréquentes
- Pourquoi l’Italie veut-elle relancer le nucléaire ?
- Le gouvernement italien met en avant la sécurité énergétique, la baisse des émissions et la réduction de la dépendance au gaz importé. Le nucléaire est présenté comme un complément aux renouvelables, capable de produire de l’électricité de manière continue.
- Quand les premiers réacteurs italiens pourraient-ils fonctionner ?
- Le calendrier gouvernemental évoque une mise en service entre 2033 et 2035. Avant cette étape, Rome doit finaliser le cadre réglementaire, choisir les technologies, organiser le financement et obtenir les autorisations nécessaires.
- Quel rôle le nucléaire pourrait-il jouer en 2050 ?
- Les estimations citées par le gouvernement évoquent une part comprise entre 11 % et 22 % de la production électrique italienne en 2050. Cette fourchette dépendra des coûts, des choix technologiques et de l’acceptation locale.
- Pourquoi le référendum de 1987 reste-t-il important ?
- Le vote de 1987 a conduit à l’arrêt du programme nucléaire italien. Cette décision conserve une forte portée politique, car les opposants rappellent que la population a déjà rejeté cette filière, tandis que le gouvernement estime que le contexte énergétique a changé.
À retenir
- L’Italie vise de premiers réacteurs opérationnels entre 2033 et 2035.
- Le nucléaire pourrait fournir 11 % à 22 % de l’électricité italienne en 2050.
- Le référendum de 1987 reste un repère politique majeur dans le débat.
- Rome étudie surtout les petits réacteurs modulaires et les coopérations européennes.







