Le rapport intermédiaire remis à Matignon par le député du Haut-Rhin Raphaël Schellenberger déplace le centre de gravité de la décarbonation industrielle. Plutôt que de concentrer l’effort public sur les seuls grands sites, le document met l’accent sur l’industrie diffuse, composée de PME et d’ETI présentes dans l’agroalimentaire, les matériaux, la chimie de spécialité ou la transformation mécanique. Cette orientation intervient alors que l’électrification devient un axe prioritaire de la transition énergétique en 2026.
Raphaël Schellenberger cible les PME et ETI industrielles
Le choix de Raphaël Schellenberger marque une inflexion notable dans le débat industriel. Les grands sites sidérurgiques, cimentiers ou chimiques occupent souvent l’espace public en raison de leurs émissions massives et de leurs besoins énergétiques spectaculaires. Le rapport insiste pourtant sur un autre gisement, moins visible, celui des PME-ETI réparties sur tout le territoire. Ces entreprises consomment individuellement moins d’énergie, mais leur addition pèse lourd dans la trajectoire française de décarbonation.
L’expression industrie diffuse recouvre des ateliers, usines de taille moyenne, unités de cuisson, séchage, lavage, compression ou production de vapeur. Dans l’agroalimentaire, par exemple, les besoins thermiques à température modérée peuvent être traités par des équipements déjà disponibles. La logique du rapport consiste à identifier les usages répétitifs, plutôt que de bâtir une réponse site par site, longue, coûteuse et difficile à répliquer.
Cette approche répond aussi à une contrainte opérationnelle. Une PME ne dispose pas toujours d’une direction énergie structurée, ni d’équipes capables de monter un dossier technique complexe. Le député plaide donc pour des solutions lisibles, finançables et rapides à déployer. L’électrification n’est pas présentée comme un sujet uniquement technologique, mais comme un processus d’industrialisation des choix d’investissement.
Le rapport prend ses distances avec une vision centrée sur quelques projets emblématiques. Les grandes installations restent indispensables, notamment dans l’acier, le verre ou le ciment, mais leur transformation dépend souvent d’arbitrages lourds, de technologies spécifiques et de calendriers longs. Pour les entreprises moyennes, les gains peuvent venir d’équipements plus standardisés, avec des retours d’expérience nombreux et des banques plus faciles à convaincre.
Cette priorité donnée aux territoires industriels change aussi le rôle des collectivités. Zones d’activités, syndicats d’énergie, chambres de commerce et gestionnaires de réseau peuvent repérer les sites concernés, mutualiser les diagnostics et réduire les délais. Le rapport Schellenberger cherche à transformer une multitude de décisions dispersées en trajectoire nationale cohérente, sans attendre uniquement les mégaprojets.

29 propositions pour standardiser pompes à chaleur et fours électriques
Le rapport présenté à Matignon avance 29 propositions destinées à accélérer l’électrification industrielle. Le fil directeur consiste à massifier les solutions considérées comme simples, matures et finançables. Les exemples les plus cités concernent les pompes à chaleur industrielles, les chaudières électriques, les fours électriques, certains procédés de séchage et les systèmes de récupération de chaleur raccordés à des usages internes.
Dans de nombreuses usines, la chaleur utilisée reste produite au gaz ou au fioul alors que les températures demandées ne justifient pas toujours ces combustibles. Les pompes à chaleur de forte puissance peuvent couvrir une partie des besoins en eau chaude, lavage, pasteurisation ou préchauffage. Le passage à l’électricité devient alors une question de dimensionnement, de coût du kilowattheure, de continuité de production et de capacité du réseau local.
La standardisation occupe une place centrale dans cette méthode. Pour un dirigeant de PME, un projet sur mesure représente un risque financier élevé. Des catalogues d’équipements, des contrats de performance et des schémas types de financement peuvent réduire cette incertitude. Le rapport invite à créer des modèles reproductibles par secteur, notamment pour l’agroalimentaire, où les procédés de froid, de vapeur basse température et de nettoyage sont fréquents.
Cette orientation ne signifie pas que tous les usages industriels se prêtent à une électrification immédiate. Les hautes températures, certains procédés continus ou des installations anciennes imposent des études plus lourdes. Le rapport distingue donc les solutions prêtes à diffuser rapidement et les cas qui nécessitent une ingénierie spécifique. Cette séparation évite de bloquer les décisions simples derrière les difficultés des secteurs les plus complexes.
Un autre point porte sur le discours public. Le rapport recommande de prioriser l’électricité dans les messages adressés aux industriels, face à la biomasse ou aux gaz renouvelables, dont les volumes restent limités. Le député ne nie pas l’utilité de ces ressources, mais il les réserve davantage aux usages difficiles à électrifier. Cette hiérarchie vise à donner un signal clair aux entreprises avant leurs prochains investissements.

Réseau électrique et financement privé concentrent les blocages
La réussite du plan dépend largement de deux conditions, le raccordement et le financement. Les industriels intéressés par un basculement vers l’électricité se heurtent souvent à des délais d’étude, de renforcement de poste ou de disponibilité de puissance. Le rapport Schellenberger appelle à raccorder plus vite les sites et à mieux anticiper les besoins des zones d’activités. Le réseau électrique devient un outil de politique industrielle, pas seulement une infrastructure technique.
Ce point est sensible pour les PME. Une grande usine peut parfois négocier directement avec les acteurs publics et les gestionnaires de réseau. Une entreprise de taille moyenne, elle, subit davantage les délais et l’incertitude sur les coûts. Si un projet de four électrique exige une puissance supplémentaire, le calendrier de raccordement peut décider de l’investissement. Le rapport invite donc à traiter les grappes d’entreprises par territoire, afin de mutualiser les demandes et d’éviter les décisions isolées.
Le financement constitue l’autre verrou. Raphaël Schellenberger défend l’idée d’un recours accru aux investissements privés, appuyés par des outils de garantie, des fonds dédiés ou des mécanismes de partage du risque. L’objectif consiste à ne pas faire dépendre chaque projet d’une subvention budgétaire classique, trop lente ou trop incertaine. Les banques et sociétés de tiers-financement peuvent jouer un rôle si les technologies sont standardisées et si les économies d’énergie sont mesurables.
Les industriels regardent surtout le coût complet. Un équipement électrique peut réduire les émissions et améliorer l’efficacité, mais son adoption dépend du prix de l’électricité, du coût du gaz, de la durée d’amortissement et de la stabilité réglementaire. Le rapport souligne implicitement que l’électrification ne progressera pas par injonction seule. Elle doit devenir un choix rationnel pour un dirigeant soumis à des marges parfois faibles.
Les acteurs du secteur énergétique plaident aussi pour une meilleure visibilité sur les consommations futures. Une multiplication de petits projets mal coordonnés peut compliquer la planification locale. À l’inverse, des programmes territoriaux structurés permettent d’identifier les postes à renforcer, les appels de puissance et les périodes de consommation. Cette méthode rapproche la transition énergétique de la planification industrielle classique.
Matignon et Bruxelles alignent leurs calendriers en juillet 2026
Le calendrier politique donne un relief particulier au rapport Schellenberger. À Paris, Matignon reçoit ces propositions alors que le gouvernement cherche à donner un contenu concret à l’électrification de l’économie. À Bruxelles, la Commission européenne a présenté le 17 juillet 2026 un plan d’action visant à faire de l’électricité le moteur de la transition énergétique européenne. Les deux niveaux de décision convergent autour d’un même diagnostic, la part de l’électricité doit augmenter rapidement.
Cette convergence peut aider les industriels français, à condition que les règles deviennent lisibles. Les entreprises attendent des signaux sur les aides, les tarifs de réseau, les contrats d’électricité et les exigences environnementales. L’Union européenne travaille sur un doublement du taux d’électrification de l’économie, selon les éléments rendus publics en juillet 2026. Pour les PME, cette ambition n’a de valeur que si elle se traduit par des dispositifs accessibles, sans empilement administratif.
Les données de l’observatoire de l’électrification publiées le 18 juin 2026 par l’Union française de l’électricité, portant sur 2024, montrent des trajectoires disparates selon les secteurs. Les transports, le bâtiment et l’industrie n’avancent pas au même rythme. Dans l’industrie, la difficulté vient moins d’un manque d’intérêt que de la diversité des procédés. Le rapport Schellenberger répond à cette hétérogénéité par une méthode de tri, usages standardisables d’un côté, secteurs lourds de l’autre.
Le document propose de développer des stratégies dédiées pour les grandes filières industrielles, sans leur appliquer les mêmes outils qu’aux PME. La sidérurgie, le ciment ou la chimie de base exigent des décisions technologiques et capitalistiques spécifiques. Les entreprises moyennes, elles, peuvent entrer dans des programmes plus proches du terrain, associant diagnostics, offres techniques, raccordement et financement en bloc.
Le sujet prend aussi une dimension territoriale. Les régions industrielles, du Grand Est aux Hauts-de-France, en passant par Auvergne-Rhône-Alpes, concentrent des sites dont les besoins sont parfois modestes mais nombreux. L’enjeu consiste désormais à transformer les recommandations en procédures opérationnelles. Les prochains mois diront si les administrations, les énergéticiens, les banques et les industriels parviennent à construire des offres suffisamment simples pour convaincre les dirigeants de PME.
Questions fréquentes
- Pourquoi le rapport Schellenberger privilégie-t-il les PME et ETI ?
- Le rapport met l’accent sur les PME et ETI car elles représentent un grand nombre de sites aux usages répétitifs. Leur électrification peut progresser avec des solutions standardisées, plus rapides à déployer que les projets très spécifiques des grandes industries lourdes.
- Quels équipements industriels sont concernés par cette électrification ?
- Les équipements les plus cités sont les pompes à chaleur industrielles, les chaudières électriques, certains fours électriques, les systèmes de séchage et les dispositifs de récupération de chaleur. Ils concernent surtout les procédés à température modérée.
- Quels obstacles freinent encore les projets d’électrification industrielle ?
- Les principaux obstacles concernent les délais de raccordement au réseau, le coût initial des équipements, l’incertitude sur les prix de l’énergie et la complexité des dossiers techniques pour les entreprises qui ne disposent pas d’équipes spécialisées.
- Quel rôle peut jouer l’Union européenne en 2026 ?
- La Commission européenne a présenté le 17 juillet 2026 un plan d’action pour accélérer l’électrification de l’économie. Ce cadre peut orienter les financements, renforcer la visibilité réglementaire et encourager les États à simplifier les dispositifs pour les industriels.
À retenir
- Le rapport Schellenberger cible d’abord les PME et ETI industrielles.
- Les procédés standardisables sont jugés prioritaires pour accélérer les projets.
- Le raccordement au réseau reste un facteur déterminant.
- Le financement privé doit compléter les aides publiques.
- Paris et Bruxelles poussent l’électrification en juillet 2026.
Sources
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