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Huit réacteurs validés, dix ans où Pékin dépasse le monde, ce record nucléaire chinois surprend les experts de l’énergie

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La Chine a construit en dix ans davantage de puissance nucléaire que le reste du monde réuni, selon les données reprises par Transitions & Energies et le Statistical Review of World Energy. Au 11 août 2026, Pékin poursuit cette trajectoire avec l’approbation de huit nouveaux réacteurs, dans un contexte de forte demande électrique, de compétition industrielle et de réduction annoncée de la dépendance au charbon.

Pékin dépasse le monde sur dix ans de chantiers

Le rythme chinois tranche avec la prudence observée dans une large partie des pays industrialisés depuis l’accident de Fukushima. Selon la dernière édition du Statistical Review of World Energy, les centrales nucléaires ont produit 2 845 TWh d’électricité à l’échelle mondiale. Dans cet ensemble, la progression de la Chine occupe une place centrale, non seulement par le nombre de réacteurs engagés, mais surtout par la continuité des mises en chantier.

Sur dix ans, la Chine a ajouté plus de puissance nucléaire que le reste de la planète. Cette donnée illustre un choix de planification énergétique rarement interrompu. Pendant que plusieurs pays européens débattaient de prolongations, de fermetures ou de relances partielles, les groupes publics chinois ont maintenu une chaîne industrielle active, avec des ingénieries, des fournisseurs d’équipements et des chantiers capables de fonctionner en série.

La comparaison ne signifie pas que Pékin domine encore toute la production mondiale. Les États-Unis restent un acteur historique majeur par leur parc installé, tandis que la France conserve une part élevée de nucléaire dans son mix électrique. Mais la dynamique de construction se situe désormais en Asie, et la Chine concentre une part déterminante des nouveaux réacteurs raccordés ou en travaux.

Cette avance repose sur un modèle très intégré. Les décisions d’investissement relèvent largement de l’État, les électriciens sont publics, les sites sont souvent associés à des zones industrielles côtières, et la demande d’électricité demeure soutenue. Le nucléaire n’est pas présenté comme une énergie isolée, mais comme une composante d’un système qui inclut renouvelables, réseaux très haute tension, barrages et centrales thermiques encore nombreuses.

Salle de contrôle nucléaire chinoise avec opérateurs et écrans modernes
La standardisation des réacteurs chinois s’appuie sur des compétences industrielles maintenues dans la durée. — Photo : Samon Yu / Pexels

Huit réacteurs validés pour 170 milliards de yuans

Le 31 juillet 2026, le Conseil d’État chinois a approuvé quatre nouveaux projets de centrales, soit huit réacteurs supplémentaires. L’investissement annoncé atteint environ 170 milliards de yuans, montant qui donne la mesure du programme engagé. Les projets concernent principalement des technologies de troisième génération, avec une part importante de conception chinoise.

Cette décision confirme la volonté de maintenir un flux régulier d’autorisations. Dans le nucléaire, l’irrégularité coûte cher, car les compétences de génie civil, de soudage, de contrôle qualité et de fabrication d’équipements lourds se perdent rapidement lorsque les carnets de commandes se vident. La Chine cherche à éviter cette rupture en alignant les projets, ce qui permet aux industriels de standardiser certaines tâches et de réduire les délais.

Le site de Taipingling, situé à Huidong dans la ville de Huizhou, au Guangdong, illustre cette logique. À terme, six réacteurs Hualong-1 doivent y être construits en trois phases. Cette province densément peuplée concentre une forte activité manufacturière, des ports, des zones urbaines étendues et des besoins électriques constants. Installer des unités nucléaires à proximité des grands bassins de consommation limite certaines contraintes de transport d’électricité.

Les autorités chinoises avancent aussi un argument environnemental. La production annuelle associée aux réacteurs de Taipingling permettrait, selon les chiffres cités par la presse chinoise, de réduire la consommation de charbon thermique d’environ 15 millions de tonnes, avec une baisse potentielle d’environ 46 millions de tonnes d’émissions carbonées. Ces ordres de grandeur restent dépendants du taux de disponibilité des réacteurs et du remplacement réel des centrales au charbon.

Zone industrielle chinoise alimentée par nucléaire et réseaux électriques
Les besoins électriques de l’industrie et de l’intelligence artificielle renforcent l’intérêt de Pékin pour le nucléaire. — Photo : Maor Attias / Pexels

Hualong-1 renforce l’autonomie industrielle chinoise

Le réacteur Hualong-1 occupe une place stratégique dans l’expansion nucléaire de Pékin. Cette technologie de troisième génération, développée par les grands groupes publics chinois, symbolise la montée en gamme d’une industrie longtemps dépendante de transferts étrangers. Elle permet désormais à la Chine de construire chez elle, mais aussi de proposer son modèle à l’exportation.

Cette autonomie technique couvre plusieurs maillons de la chaîne. Elle concerne la conception du cœur, les systèmes de sûreté, les générateurs de vapeur, les cuves, le contrôle-commande et la formation des opérateurs. Dans le nucléaire civil, maîtriser ces éléments réduit la dépendance aux fournisseurs occidentaux ou russes. Pour Pékin, l’enjeu n’est pas seulement énergétique, il est également industriel et diplomatique.

La standardisation du Hualong-1 sert aussi les délais de construction. Chaque réacteur reste un chantier complexe, soumis à des exigences strictes, mais la répétition d’un même modèle facilite les procédures, les approvisionnements et l’expérience des équipes. Ce point distingue la trajectoire chinoise de certains projets occidentaux marqués par des retards, des surcoûts et une perte de compétences après de longues périodes sans construction.

La présence de la technologie Hualong-1 au salon Nuclear Industry China 2026, organisé à Pékin, souligne cette ambition. Les industriels chinois ne présentent plus seulement des capacités nationales, ils mettent en avant une offre complète, du réacteur aux services associés. Cette stratégie place le nucléaire aux côtés d’autres secteurs où la Chine cherche à contrôler l’ensemble de la chaîne de valeur, comme les batteries, les trains à grande vitesse, les véhicules électriques et certains segments de l’intelligence artificielle.

L’IA et le charbon pèsent sur les choix énergétiques

La croissance du nucléaire chinois répond aussi à une contrainte immédiate, la demande électrique. Les centres de données, les usines de semi-conducteurs, les chaînes de batteries, la mobilité électrique et les usages liés à l’intelligence artificielle consomment des volumes croissants d’électricité. Pékin veut sécuriser une production disponible en continu, moins dépendante de la météo que le solaire ou l’éolien.

Le nucléaire offre cette stabilité, mais il ne remplace pas rapidement le charbon. La Chine reste le premier consommateur mondial de charbon, utilisé pour produire une part importante de son électricité. La promesse de neutralité carbone à l’horizon 2060 impose donc une transformation progressive du système électrique. Le nucléaire peut réduire certaines consommations thermiques, mais la vitesse de recul du charbon dépendra aussi des réseaux, du stockage, de l’efficacité énergétique et des arbitrages locaux.

Les projections citées par plusieurs analyses indiquent que la Chine pourrait devenir le premier producteur mondial d’énergie nucléaire d’ici 2030. Le parc en service ou en construction dépasse déjà la centaine de réacteurs, avec une capacité d’environ 113 GW mentionnée pour la période récente. À plus long terme, certains scénarios évoquent plus de 200 GW vers 2040, niveau qui placerait le pays dans une catégorie à part.

Cette trajectoire suscite l’attention des gouvernements occidentaux. Elle combine sécurité d’approvisionnement, politique industrielle et influence technologique. Pour les pays qui souhaitent relancer leur propre filière, le cas chinois rappelle qu’un programme nucléaire demande des décisions stables, des financements longs, une autorité de sûreté crédible et un tissu industriel capable de livrer sur plusieurs décennies. Dans les ports, les zones industrielles et les mégapoles du littoral chinois, les prochains raccordements seront observés comme des indicateurs de la capacité de Pékin à tenir ce rythme.

Questions fréquentes

Pourquoi la Chine construit-elle autant de réacteurs nucléaires ?
La Chine cherche à sécuriser une production électrique abondante, stable et moins carbonée pour soutenir son industrie, ses centres de données, ses villes côtières et ses objectifs climatiques. Le nucléaire complète les renouvelables et réduit une partie du recours au charbon.
Que représentent les huit réacteurs validés en 2026 ?
Ils correspondent à quatre nouveaux projets approuvés par le Conseil d’État chinois, pour un investissement d’environ 170 milliards de yuans. Ces unités s’inscrivent dans une stratégie de construction régulière et de maintien des compétences industrielles.
La Chine peut-elle devenir le premier producteur mondial de nucléaire ?
Les projections disponibles indiquent que la Chine est en position de devenir le premier producteur mondial d’énergie nucléaire d’ici 2030 si le rythme de raccordement se poursuit. Son parc en service ou en construction dépasse déjà la centaine de réacteurs.

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À retenir

  • La Chine a construit plus de puissance nucléaire que le reste du monde en dix ans.
  • Pékin a validé huit nouveaux réacteurs pour environ 170 milliards de yuans.
  • Le réacteur Hualong-1 renforce l’autonomie technologique chinoise.
  • La demande liée à l’industrie et à l’IA soutient la relance nucléaire.
Marie despres
Marie despreshttps://www.visimag.com
Marie Després s'attache à décrypter les tendances, les innovations et les sujets qui rythment l'actualité. À travers une veille quotidienne et une approche pédagogique, elle propose des contenus fiables, accessibles et pensés pour répondre aux interrogations des lecteurs. Pour l'assister dans ses recherches et l'optimisation de ses articles, elle utilise l'intelligence artificielle, avant d'effectuer une relecture, une vérification des informations et une validation éditoriale rigoureuses.

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