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Des centaines de poulets morts, des milliers de litres de lait jetés, le prix du poisson double, ce que la Tunisie affronte

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Des centaines de poulets retrouvés morts, des milliers de litres de lait impropres à la vente et un prix du poisson qui grimpe brutalement. En Tunisie, les délestages électriques à répétition touchent désormais plusieurs filières de l’agroalimentaire, dans un contexte de forte chaleur et de tension sur le réseau national.

La STEG organise des délestages sous forte chaleur

Depuis deux semaines, la compagnie nationale d’électricité, la STEG, procède à des coupures tournantes destinées à soulager le réseau lorsque la demande dépasse les capacités disponibles. Ces délestages interviennent au cœur de l’été, période où la consommation progresse fortement avec l’utilisation massive des climatiseurs dans les foyers, les commerces, les ateliers et les exploitations agricoles.

Le dispositif devait, selon la logique technique annoncée, répartir l’effort entre les quartiers et limiter le risque d’un incident plus large sur le réseau. Sur le terrain, les durées observées varient fortement d’une zone à l’autre. Des cafés, des restaurants, des supermarchés et des ateliers de transformation se retrouvent parfois plusieurs heures sans courant, avec une capacité limitée à anticiper la reprise.

La difficulté tient à la nature même de l’activité alimentaire. Une coupure brève peut être absorbée par certains commerces équipés de groupes électrogènes ou de chambres froides performantes. Une interruption prolongée menace directement la chaîne du froid, particulièrement pour les produits laitiers, les viandes, les poissons, les œufs, les pâtisseries et les préparations fraîches. Les marges de sécurité, déjà réduites par les coûts de l’énergie, deviennent insuffisantes pour de nombreux petits opérateurs.

Les fortes chaleurs aggravent la situation. Dans plusieurs régions, la température extérieure rend plus rapide la dégradation des denrées dès que les équipements frigorifiques s’arrêtent. Les professionnels décrivent une succession de pertes difficiles à absorber, avec des matières premières jetées, des commandes annulées et des salariés immobilisés faute d’outil de travail. Le problème dépasse donc la seule fourniture d’électricité, il se transforme en choc économique pour des entreprises qui dépendent d’une production continue.

Éleveur tunisien contrôlant du lait perdu après une coupure électrique
Les exploitations laitières perdent rapidement leur production lorsque le refroidissement s’arrête. — Photo : Ahmed akacha / Pexels

À El Menzah, pâtisseries et élevages perdent leurs stocks

À El Menzah, dans la capitale, la pâtisserie de Samia Diab illustre la fragilité des ateliers artisanaux face aux coupures prolongées. La professionnelle, citée par l’AFP, dit n’avoir jamais connu une telle situation en quarante ans de métier. Son atelier est resté fermé pendant environ dix jours, au plus fort de la saison des mariages et des fêtes familiales, période habituellement décisive pour le chiffre d’affaires.

La perte ne se limite pas aux ventes manquées. Samia Diab explique avoir dû jeter une quantité importante de pâte préparée avec des fruits secs, une matière première coûteuse dans la pâtisserie tunisienne. Le moteur de sa chambre froide a également brûlé, ajoutant une dépense technique à la perte commerciale. Pour une structure artisanale, la panne d’un équipement frigorifique peut représenter plusieurs semaines de bénéfices, parfois davantage lorsque les réparations dépendent de pièces importées.

Dans une exploitation laitière voisine, Aziz Bouhejba, éleveur d’environ 50 vaches Holstein, indique avoir jeté six jours de traite, soit près de 1 200 litres de lait. La production laitière supporte mal les interruptions de stockage, car le lait doit être refroidi rapidement après la traite pour rester conforme aux normes sanitaires. Lorsque le courant disparaît trop longtemps, l’éleveur perd à la fois le produit, le temps de travail et l’alimentation engagée pour le troupeau.

Les élevages avicoles sont eux aussi exposés. Les cadavres de poulets signalés ces derniers jours rappellent que la ventilation, l’abreuvement automatisé et le contrôle de température sont essentiels dans les bâtiments modernes. Une coupure longue peut provoquer une surchauffe rapide dans des hangars densément occupés. La perte d’un lot entier pèse ensuite sur l’approvisionnement local, sur la trésorerie de l’éleveur et sur les prix payés par les consommateurs.

Poissonnier tunisien vendant du maquereau sur glace en période de délestage
La hausse du prix de la glace renchérit la conservation et la vente du poisson. — Photo : Eslam Mohammed Abdelmaksoud / Pexels

La filière poisson subit la hausse du prix de la glace

Le secteur de la pêche fait face à un mécanisme moins visible, mais tout aussi direct. Les poissonniers dépendent de la glace pour transporter, exposer et conserver les produits entre le débarquement, les marchés de gros et la vente au détail. Lorsque les coupures touchent les unités de fabrication de glace, l’offre disponible diminue et le prix monte rapidement. Mohamed Saddam, président de la chambre des poissonniers, affirme que le prix de la glace a progressé, entraînant une hausse du poisson.

Selon ce responsable professionnel, le maquereau a vu son prix doubler dans certains circuits. Cette espèce, souvent recherchée pour son prix plus accessible que d’autres poissons, joue un rôle important dans l’alimentation quotidienne d’une partie des ménages. Son renchérissement modifie les achats, pousse certains clients vers des quantités plus faibles et fragilise les petits vendeurs qui travaillent sur des volumes serrés.

La chaîne de valeur du poisson impose une grande rapidité. Une caisse mal refroidie perd de sa qualité en quelques heures, surtout lorsque les températures restent élevées sur les quais, dans les camionnettes et sur les étals. Les poissonneries doivent parfois écourter la journée de vente ou refuser une partie des arrivages faute de conservation suffisante. Les pertes peuvent se cumuler avec le coût du carburant, des emballages, du transport et des taxes de marché.

Cette pression se répercute sur les consommateurs. Un doublement du prix d’une espèce courante réduit l’accès aux protéines animales pour les foyers les plus contraints. La Tunisie connaît déjà une sensibilité forte aux dépenses alimentaires. Selon des données reprises localement, le gaspillage alimentaire coûterait en moyenne 64 dinars par mois à chaque Tunisien, soit 18 % d’un budget alimentaire mensuel estimé à 364 dinars. Dans ce contexte, chaque rupture de froid transforme une panne technique en perte sociale.

CONECT dénonce un manque de visibilité pour les entreprises

L’organisation patronale CONECT, l’une des principales du pays, critique le manque d’information donné aux entreprises avant les interruptions. Les professionnels ne contestent pas uniquement l’existence des coupures, ils dénoncent surtout leur imprévisibilité, leur durée et leur répartition jugée irrégulière. Une planification claire permettrait de déplacer une production, d’avancer une livraison, de renforcer la glace ou de déclencher un groupe électrogène au bon moment.

Le manque de visibilité complique la gestion financière. Les entreprises alimentaires travaillent souvent avec des stocks périssables, des avances auprès des fournisseurs et des commandes passées pour des événements précis. Une pâtisserie qui perd ses préparations pour un mariage doit rembourser, refaire ou renoncer. Une ferme laitière qui jette plusieurs traites continue pourtant à payer l’aliment, les soins vétérinaires, les ouvriers et le transport.

Les solutions de secours restent inégales. Les grandes surfaces et les industriels disposent plus facilement de groupes électrogènes, de contrats de maintenance et d’équipes techniques. Les petits commerces et les artisans doivent arbitrer entre l’achat d’un équipement coûteux, le carburant nécessaire pour le faire tourner et l’incertitude sur la fréquence des coupures. Dans plusieurs cas, le matériel de froid redémarre brutalement après interruption, ce qui peut endommager compresseurs et moteurs.

La crise met en lumière une dépendance structurelle de l’agroalimentaire tunisien à une alimentation électrique stable. Les coupures longues touchent les producteurs, les transformateurs, les détaillants et les ménages, avec des effets en cascade sur les prix. Les autorités et la STEG sont désormais attendues sur la qualité de la programmation, la communication aux professionnels et la protection des activités les plus sensibles, notamment le lait, la volaille, la pêche et les ateliers de produits frais.

Questions fréquentes

Pourquoi la Tunisie subit-elle des délestages électriques ?
La STEG procède à des coupures tournantes lorsque la demande dépasse les capacités disponibles du réseau. La chaleur estivale et l’usage massif de la climatisation augmentent fortement la consommation.
Quelles filières alimentaires sont les plus touchées ?
Les secteurs les plus exposés sont le lait, la volaille, la pâtisserie, la pêche et les commerces de produits frais. Tous dépendent d’une conservation continue par le froid.
Pourquoi le prix du poisson augmente-t-il ?
La fabrication et la conservation de la glace sont perturbées par les coupures. Cette hausse du coût de la glace se répercute sur les poissonniers, puis sur les prix payés par les consommateurs.

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À retenir

  • Les délestages électriques touchent plusieurs filières alimentaires en Tunisie.
  • Des éleveurs et artisans signalent des pertes de lait, volailles et pâtisseries.
  • Le prix de la glace augmente et renchérit le poisson, notamment le maquereau.
  • CONECT demande une meilleure programmation des coupures pour les entreprises.
Marie despres
Marie despreshttps://www.visimag.com
Marie Després s'attache à décrypter les tendances, les innovations et les sujets qui rythment l'actualité. À travers une veille quotidienne et une approche pédagogique, elle propose des contenus fiables, accessibles et pensés pour répondre aux interrogations des lecteurs. Pour l'assister dans ses recherches et l'optimisation de ses articles, elle utilise l'intelligence artificielle, avant d'effectuer une relecture, une vérification des informations et une validation éditoriale rigoureuses.

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