Le Venezuela cherche à récupérer environ 4 milliards de dollars d’or conservés dans les coffres de la Banque d’Angleterre. Fait notable, le gouvernement de Caracas et une partie de l’opposition soutiennent désormais la même demande, avec l’objectif affiché de financer la reconstruction économique et matérielle du pays.
Caracas et l’opposition réclament 31 tonnes d’or à Londres
Le dossier porte sur près de 31 tonnes d’or déposées au Royaume-Uni, évaluées autour de 4 milliards de dollars, soit environ 3,5 milliards d’euros. Ces réserves appartiennent à la Banque centrale du Venezuela, mais leur restitution demeure bloquée par un conflit politique et juridique qui dépasse le cadre strictement bancaire.
La nouveauté tient à l’alignement apparent entre le camp gouvernemental et des responsables de l’opposition. Le gouvernement de Nicols Maduro réclame depuis longtemps la récupération de ces avoirs, tandis que ses adversaires politiques avaient contesté son contrôle sur les institutions financières. Leur accord sur l’usage des fonds donne au dossier une portée différente, centrée sur les besoins immédiats de la population.
Selon les éléments rapportés par Business AM et des médias financiers internationaux, les réserves seraient destinées à soutenir la reconstruction. Le terme couvre un large champ, depuis les infrastructures publiques jusqu’aux importations essentielles. Dans un pays touché par des années de récession, d’hyperinflation et de sanctions, la disponibilité d’actifs liquides constitue un enjeu de souveraineté autant qu’un levier budgétaire.
La somme n’effacerait pas les difficultés structurelles de l’économie vénézuélienne, mais elle pourrait couvrir des achats ciblés. Les autorités évoquent des priorités liées à l’électricité, aux hôpitaux, aux réseaux d’eau et aux équipements industriels. Pour l’opposition, l’utilisation de ces ressources suppose des garanties de suivi, afin d’éviter que l’or rapatrié ne finance des dépenses opaques ou politiquement orientées.

La Banque d’Angleterre maintient les lingots sous contrôle juridique
La Banque d’Angleterre conserve les lingots dans ses coffres, sans procéder à leur transfert vers Caracas. L’institution britannique se trouve au centre d’un litige né de la crise de reconnaissance politique au Venezuela. Les demandes de restitution se heurtent à une question simple en apparence, mais complexe en droit, qui peut donner instruction sur ces réserves au nom de l’État vénézuélien.
Le blocage s’est durci après la reconnaissance par le Royaume-Uni de Juan Guaid comme dirigeant légitime du Venezuela, décision qui a entraîné une bataille devant les juridictions britanniques. En mai 2020, ce différend avait déjà pris une dimension urgente lorsque Caracas souhaitait mobiliser une partie de l’or pour répondre à la crise sanitaire liée au Covid.
Depuis, le paysage politique a changé, mais le contentieux conserve des traces de cette période. Les tribunaux britanniques ont dû examiner la position du gouvernement de Londres, les statuts de la Banque centrale du Venezuela et les décisions prises par les autorités en place à Caracas. Cette superposition de droit bancaire, de diplomatie et de politique interne rend toute sortie rapide difficile.
Pour Londres, la prudence répond aussi à un impératif de réputation financière. La City accueille des réserves souveraines venues de nombreux pays, notamment parce que ses institutions promettent sécurité et neutralité technique. Un transfert contesté créerait un précédent sensible. À l’inverse, un maintien prolongé des lingots nourrit les critiques de Caracas, qui dénonce une confiscation de ressources nationales appartenant au peuple vénézuélien.

Les fonds visent électricité, santé et infrastructures publiques
Le mot reconstruction renvoie d’abord à des besoins visibles dans la vie quotidienne. Le réseau électrique vénézuélien souffre de pannes récurrentes, liées au sous-investissement, au manque de maintenance et à la vétusté de certains équipements. Une partie des réserves pourrait servir à acheter des transformateurs, des pièces de rechange, des câbles et des systèmes de contrôle numérique.
Le secteur de la santé figure aussi parmi les priorités citées. De nombreux établissements publics fonctionnent avec des stocks limités de médicaments, des équipements incomplets et des bâtiments dégradés. Des fonds placés sous supervision pourraient financer l’achat de matériel hospitalier, de générateurs, d’ambulances et de traitements importés, dans un pays où le système hospitalier dépend encore largement des devises disponibles.
Les infrastructures de transport constituent un troisième poste probable. Routes, ponts, ports et réseaux urbains ont subi les effets combinés de la crise budgétaire et de la baisse des investissements publics. Un financement de plusieurs milliards de dollars permettrait de lancer des chantiers ciblés, notamment dans les zones pétrolières et les corridors logistiques nécessaires à l’approvisionnement alimentaire.
La question centrale porte sur la gouvernance des dépenses. Les opposants qui acceptent le principe d’une récupération de l’or demandent généralement des mécanismes de contrôle, avec participation d’organismes internationaux ou d’auditeurs indépendants. Pour le gouvernement, une tutelle trop lourde limiterait sa marge d’action. Le compromis devra donc préciser qui valide les paiements, quelles entreprises sont retenues et comment les résultats sont publiés.
Londres examine un dossier mêlant diplomatie et sanctions
Le dossier de l’or vénézuélien ne dépend pas seulement de la volonté de la Banque centrale du Venezuela. Il s’inscrit dans un environnement de sanctions, de reconnaissances diplomatiques changeantes et de rapports tendus entre Caracas, Londres et Washington. Toute décision britannique sera analysée comme un signal politique, même si elle prend la forme d’un acte juridique ou bancaire.
Le Royaume-Uni doit mesurer plusieurs risques. Autoriser le transfert peut être interprété comme une normalisation avec le pouvoir de Caracas. Refuser trop longtemps expose Londres aux accusations de blocage arbitraire d’actifs souverains. Entre ces deux options, une solution intermédiaire pourrait passer par un fonds dédié, contrôlé par des tiers et réservé à des dépenses humanitaires ou d’infrastructure.
Ce type de mécanisme a déjà été discuté dans d’autres crises internationales, lorsque des avoirs publics restent gelés hors du pays concerné. Il impose pourtant une architecture lourde, avec des comptes séparés, des listes de fournisseurs, des audits et une validation des paiements. Pour le Venezuela, la procédure risque de retarder les investissements, alors que les besoins en énergie et en services publics sont immédiats.
L’affaire intéresse aussi d’autres États qui conservent des réserves à Londres. Si une banque centrale étrangère ne peut pas accéder à ses avoirs pendant plusieurs années en raison d’un conflit politique, la confiance dans les dépôts internationaux peut être fragilisée. Le gouvernement britannique, les juges et les acteurs financiers devront donc arbitrer entre sécurité juridique, crédibilité diplomatique et pression humanitaire autour de 4 milliards de dollars immobilisés.
Questions fréquentes
- Pourquoi l’or vénézuélien est-il détenu par la Banque d’Angleterre ?
- De nombreuses banques centrales conservent une partie de leurs réserves dans des places financières internationales reconnues. Londres offre des infrastructures de stockage, une liquidité élevée et un cadre juridique utilisé depuis longtemps par les États.
- Pourquoi le Venezuela ne récupère-t-il pas directement ces réserves ?
- La restitution est bloquée par un différend portant sur l’autorité habilitée à donner instruction au nom de l’État vénézuélien. La reconnaissance politique de Juan Guaidó par le Royaume-Uni a déclenché une bataille judiciaire durable.
- À quoi serviraient les 4 milliards de dollars réclamés ?
- Les autorités vénézuéliennes évoquent la reconstruction, avec des besoins dans l’électricité, la santé, l’eau, les transports et certains équipements industriels. L’opposition demande des garanties de contrôle sur l’usage des fonds.
- Une solution encadrée par des tiers est-elle possible ?
- Un fonds dédié avec audits indépendants fait partie des options envisageables. Ce modèle permettrait de financer des dépenses précises tout en limitant les risques de détournement ou de contestation politique.
À retenir
- Le Venezuela réclame 31 tonnes d’or conservées à Londres.
- La valeur estimée atteint environ 4 milliards de dollars.
- Gouvernement et opposition soutiennent une récupération pour la reconstruction.
- La décision britannique dépend du droit, de la diplomatie et des sanctions.
Sources
- Le Venezuela souhaite récupérer 4 milliards de dollars d'or détenus par …
- Qu'adviendra-t-il désormais de l'or vénézuélien qui se trouve en … – BBC
- "Cet or appartient à notre peuple": la présidente du Venezuela réclame …
- Subscribe to read
- Pourquoi l'or vénézuelien est-il toujours bloqué dans les coffres de …







