La société britannique Welink Energy Portugal 2 UK, propriétaire de Solara4, la plus grande centrale solaire en exploitation au Portugal, a été placée en procédure d’insolvabilité. Le dossier, révélé par Expresso et repris par Euronews, concerne un actif stratégique de l’Algarve, d’une puissance installée proche de 220 MW. Les administrateurs cherchent désormais à stabiliser l’exploitation et à préparer une vente à de nouveaux investisseurs, dans un contexte marqué par des revenus inférieurs aux prévisions, des incidents techniques et un contentieux industriel de grande ampleur.
Welink Energy Portugal 2 UK placée en insolvabilité
La procédure ouverte autour de Welink Energy Portugal 2 UK porte sur une société britannique qui contrôle Solara4, centrale solaire située à Alcoutim, dans l’Algarve. Selon le rapport de BDO cité par l’hebdomadaire portugais Expresso, l’objectif immédiat n’est pas l’arrêt du site, mais la préservation de sa valeur industrielle. Cette nuance compte dans un secteur où les actifs renouvelables conservent un intérêt élevé pour les fonds spécialisés, les énergéticiens et les gestionnaires d’infrastructures.
La centrale représente un équipement important pour le marché portugais. Avec près de 220 MW de capacité, elle peut alimenter plusieurs dizaines de milliers de foyers dans des conditions de production favorables. Sa taille explique l’attention portée au dossier par les créanciers, les autorités locales et les acteurs du marché ibérique de l’électricité. Une faillite sèche dégraderait la valeur du projet, tandis qu’une reprise ordonnée permettrait de maintenir l’outil en service.
Le rapport évoque une exposition d’environ 64 millions d’euros pour les principaux créanciers, parmi lesquels Investec et Kommunalcredit Austria. Ces établissements ont donc un intérêt direct à éviter une dépréciation brutale de l’actif. Dans ce type de procédure, la priorité consiste souvent à évaluer les recettes futures, les coûts de remise à niveau, les contrats existants et les risques juridiques avant d’ouvrir une phase plus active de cession.
La gestion opérationnelle n’est plus confiée à Welink Investments, mais à Exus, avec l’appui technique d’Enertis pour l’évaluation des besoins d’investissement. Ce transfert vise à rassurer le marché sur la continuité de l’exploitation. Il permet aussi de produire une photographie plus précise de l’état réel de la centrale, point déterminant pour tout candidat à la reprise.

Solara4 à Alcoutim produit moins que prévu
Le dossier financier de Solara4 est fragilisé par un niveau de production inférieur aux hypothèses initiales. La centrale d’Alcoutim, opérationnelle depuis 2021 selon les données rapportées par la presse économique portugaise, devait bénéficier d’un fort ensoleillement et d’une grande surface de panneaux. Dans les faits, plusieurs éléments ont réduit les recettes attendues, dont des problèmes techniques, des périodes d’indisponibilité et des performances plus basses que celles prévues dans les modèles économiques.
À cette difficulté s’ajoute l’évolution des prix de gros de l’électricité sur le marché ibérique. Lorsque les prix baissent, les producteurs qui vendent tout ou partie de leur production au marché voient leurs revenus diminuer, même si leurs volumes restent stables. Le solaire est particulièrement exposé aux heures de forte production, lorsque de nombreuses centrales injectent simultanément de l’électricité. Cette concentration peut peser sur les prix, surtout au printemps et en été.
Le cas portugais illustre une tension plus large pour les énergies renouvelables. Le pays a fortement développé le solaire, au point que cette source a récemment occupé une place centrale dans le mix électrique national. Cette réussite industrielle s’accompagne de nouveaux défis : raccordement au réseau, stockage, pilotage de la production et adaptation des modèles de revenus. Une grande capacité installée ne garantit pas, à elle seule, une rentabilité stable.
Pour les investisseurs, la question principale porte sur l’écart entre la puissance nominale et la production effectivement valorisée. Une centrale de près de 220 MW conserve un potentiel important, mais chaque point de performance perdu se traduit par des revenus plus faibles. L’audit confié à Enertis doit donc déterminer si les pertes viennent d’équipements réparables, d’un défaut de conception, de contraintes d’exploitation ou d’une combinaison de facteurs.

CTIEC réclame 143 millions d’euros en arbitrage
La situation de Solara4 est aussi compliquée par un contentieux avec CTIEC, China Triumph International Engineering, entreprise chargée de la construction du projet et filiale d’un conglomérat industriel chinois public. Selon les éléments cités par Expresso, le différend porte sur une réclamation qui atteindrait 143 millions d’euros. Le dossier fait l’objet d’une procédure d’arbitrage, mécanisme fréquent dans les grands contrats internationaux d’énergie et d’infrastructures.
Un tel litige pèse lourdement sur la vente d’un actif. Tout repreneur potentiel cherchera à savoir si la créance réclamée peut être réduite, annulée, confirmée ou intégrée au prix de transaction. L’incertitude juridique affecte directement la valorisation, car elle peut déboucher sur un paiement important ou sur des coûts de procédure prolongés. Dans les discussions avec des investisseurs, ce point peut devenir aussi central que la performance technique des panneaux.
Le projet a aussi été affecté par plusieurs incendies et par des problèmes techniques mentionnés dans la presse portugaise. Ces incidents ne signifient pas nécessairement que la centrale soit durablement compromise, mais ils renforcent le besoin d’une expertise indépendante. Les assureurs, les créanciers et les candidats à la reprise voudront connaître l’origine des sinistres, l’état des équipements électriques, la conformité des protections et le calendrier possible des réparations.
Cette combinaison entre arbitrage, incidents et sous-performance crée un profil de risque plus complexe que celui d’une centrale solaire standard. Le secteur photovoltaïque repose souvent sur des contrats de long terme, des coûts d’exploitation maîtrisés et une production prévisible. Dans le cas présent, les acheteurs devront intégrer des dépenses additionnelles, des aléas juridiques et une phase de remise en ordre. Le prix proposé dépendra largement de cette lecture du risque.
Exus et Enertis préparent la vente de Solara4
La nouvelle organisation autour de Exus et Enertis vise à rendre Solara4 plus lisible pour le marché. Le premier enjeu consiste à améliorer la performance immédiate de l’installation, puis à chiffrer les investissements nécessaires. Une centrale de cette taille peut attirer des acteurs spécialisés dans le redressement d’actifs énergétiques, à condition que les risques soient documentés et que les revenus futurs puissent être modélisés avec prudence.
La vente recherchée dans le cadre de l’insolvabilité ne concerne pas seulement une installation existante. Welink a aussi évoqué une possible hybridation avec de l’éolien et du stockage. Cette option donnerait plus de flexibilité au site, en permettant de lisser la production et de mieux valoriser l’énergie. Le volet éolien attend encore une décision de l’Agence portugaise de l’environnement, étape réglementaire déterminante pour la suite du projet.
Le stockage pourrait renforcer l’intérêt industriel de Solara4. En conservant une partie de l’électricité produite aux heures de faible prix, une batterie permettrait de vendre plus tard, lorsque la demande augmente. Cette logique séduit de nombreux opérateurs européens, confrontés à la baisse des prix en milieu de journée. Elle suppose néanmoins des investissements élevés, une analyse fine des cycles de charge et un accès sécurisé au réseau.
Pour le Portugal, l’affaire rappelle que la transition énergétique ne dépend pas seulement de la construction de nouvelles capacités. Elle exige aussi des projets financièrement robustes, des contrats équilibrés, une maintenance rigoureuse et des procédures de contrôle efficaces. La centrale de l’Algarve conserve une valeur stratégique dans un pays qui mise sur les renouvelables, mais sa reprise dépendra de la capacité des administrateurs à clarifier les coûts, les litiges et les perspectives de production.
Questions fréquentes
- Quelle entreprise est concernée par la procédure d'insolvabilité ?
- La procédure concerne Welink Energy Portugal 2 UK, société britannique contrôlant Solara4, la plus grande centrale solaire opérationnelle du Portugal.
- Pourquoi la centrale Solara4 rencontre-t-elle des difficultés ?
- Le projet subit une production inférieure aux attentes, une baisse des prix de gros de l’électricité, des incidents techniques et un litige avec le constructeur CTIEC.
- La centrale solaire d'Alcoutim va-t-elle fermer ?
- Les informations disponibles indiquent plutôt une recherche de repreneur. La priorité est de préserver l’actif, d’améliorer ses performances et de préparer une vente.
- Quel rôle jouent Exus et Enertis dans le dossier ?
- Exus assure la gestion opérationnelle, tandis qu’Enertis évalue les besoins techniques et les investissements nécessaires pour améliorer la production de Solara4.
À retenir
- Welink Energy Portugal 2 UK est entrée en procédure d’insolvabilité.
- Solara4 représente près de 220 MW de capacité solaire dans l’Algarve.
- Les créanciers exposés incluent Investec et Kommunalcredit Austria.
- Un arbitrage avec CTIEC porte sur 143 millions d’euros.
- Exus et Enertis évaluent les investissements avant une vente.
Sources
- Euronews: Toute l'information internationale en direct
- UK firm running Portugal's largest solar plant files for insolvency
- Owner of largest solar park in Portugal declares bankruptcy – Essential Business
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